Viiiiite… Tout, tout de suite. Immédiatement.
À l’automne 2001, alors que près d’un salarié français sur deux bénéficiait déjà de la loi sur la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, le temps de travail restait la principale préoccupation de l’ensemble des salariés[1] ; 46% des Français estimaient encore « consacrer trop de temps à leur vie professionnelle »[2]. Pourtant le temps de travail moyen au cours d’une vie n’a cessé de diminuer. Il a baissé de 61% entre 1896 et 1997 (0,9% en moyenne par an), passant de 118 000 heures travaillées à 46 200[3]. Alors où est l’erreur ? Pourquoi de telles attentes alors que la durée légale du temps de travail poursuit sa réduction ?
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Lors d’un sondage réalisé pour Eurotechnopolis Institut en 1998, la moitié des personnes interrogées évoquaient la souffrance de ne pas être maître de leur temps[4]. Les catégories les plus atteintes étaient les artisans et commerçants (2/3), les moins touchées les ouvriers et employés (47% et 41%). Le sentiment d’urgence dans le travail, et plus généralement par rapport au temps, représente une des formes prédominantes de ce ressenti. Un sondage précédent évaluait à 57% la proportion de la population active française qui se sentait stressée, principalement par la course après le temps. Un temps surencombré de tâches mineures ou importantes qui sont autant d’occasions de zapper de l’une à l’autre, émiettant nos journées de travail. Un tel mésusage du temps nuit autant à la vie familiale qu’à l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle de la population active, au point que l’on peut parler d’un « syndrome de Chronos ». La forte progression des travailleurs mobilisés les samedis et les dimanches, les pratiques de plus en plus courantes du 24 heures sur 24, sept jours sur sept, recouvrent une réalité nouvelle : l’explosion des horaires désignés comme « atypiques ». Un tiers des salariés de la Communauté européenne pratiquent déjà des horaires dérégulés. En France, les horaires fixes reculent depuis la fin des années 1970, ils passent de 65% des salariés en 1978, à 52% en 1991, pour atteindre 44% en 1998.
Avec l’irruption des technologies de l’information et de la communication digitale, le temps se compte en nanosecondes et nous n’avons plus une minute à perdre. Avec le iCommerce, les services à réponses instantanées se multiplient mettant au travail des milliers de téléconseillers, de télémétiers, le top chrono de la livraison sous 48 heures, puis 24 heures, enfin sous 12 heures se banalise mettant sous tension un nombre croissant de salariés qui travaillent désormais à zéro délai. Le développement des pratiques du « juste-à-temps » a renforcé les servitudes imposées aux travailleurs. Livraison et production à zéro délai concernaient 30% des entreprises industrielles en 1997. En 1984 seulement 19% des salariés français subissaient des délais ultracourts – 24 heures ou moins — pour satisfaire immédiatement une demande. Leur nombre est passé à 54% en 1998, parmi lesquels 23% subissent des délais inférieurs à une heure.
Les services d’urgences en ligne explosent : SOS plombier, SOS drogues, poison, médecin, femmes battues, etc. Microcasque vissé sur les oreilles une multitude de personnes essaient de répondre aux exigences d’une société de l’impatience qui se transforme en société anxiogène d’où le développement d’autres services, d’assistance psychologique cette fois. Les relations des individus par l’intermédiation des télécommunications s’intensifient, caractérisées par la brièveté, la fréquence et l’importance croissante des échanges. Avec le succès des portables, le moindre incident est rapporté plusieurs fois aux services d’urgences. Par exemple, les services des pompiers reçoivent trois fois plus d’appels pour un nombre d’interventions resté stable. L’hypersollicitation accompagne l’hyperchoix de la société d’un temps dispersé, où beaucoup commutent sur les réseaux d’une personne à une autre, d’un sujet à un autre, d’une idée à une autre, d’un site à un autre. Selon 63% des personnes interrogées les TIC « obligent à aller plus vite » et augmentent le stress. En fait, celles-ci fonctionnent comme un amplificateur d’effets déjà présents.
Les gens manquent de temps, d’attention, au point d’avoir donné le jour à une nouvelle branche du marketing, « le marketing de l’attention ». Hier on stressait d’ennui. Aujourd’hui on ne sait plus quoi faire face à la multitude des sollicitations. Tout est urgent, tout est important, tout est décisif. Ces diktats s’emparent des membres des jeunes générations, agités et sur-actifs. Dérangés, sollicités, bousculés, décervelés par des sollicitations permanentes, certains se prennent à rêver qu’ils sont devenus des gens importants puisque, n’est-ce pas ?, être dérangé est l’apanage des gens importants. Depuis que plus de la moitié des Français sont abonnés à un service de téléphonie mobile, une nouvelle source d’interruptions fait de nouveaux ravages. Le téléphone portable suscite des sollicitations hiérarchiques permanentes au point que Francis Jauréguiberry, spécialiste du comportement de leurs utilisateurs, remarquait à l’automne 1999 que « les nouveaux pauvres des télécommunications sont ceux qui ne peuvent pas échapper à l’obligation de répondre immédiatement à des urgences, et qui doivent donc vivre dans l’interpellation continue[5] ».
Car désormais, avec la complicité des « infotechnos », il y a le temps des pauvres, il y a le temps des riches[6]. Le temps des gens qui s’occupent et le temps des gens débordés. Le temps des gens dérangés par ceux qui peuvent voler le temps des autres grâce à ces techniques. Les catégories sociales les plus faibles, les subordonnés les plus divers, sont exposés à la tyrannie de supérieurs hiérarchiques qui se servent des moyens de télécommunications pour les importuner hors de leur temps de travail ou pour les surveiller. Dire « Plus tard », « Pouvez-vous attendre une minute s’il vous plaît ?», est considéré comme intolérable. On trépigne, on s’impatiente après quelques instants passés derrière un guichet – déjà agressif - on se promet d’en faire voir de toutes les couleurs à la préposée. Survoltée, une part croissante de gens voit la peur de manquer de temps remplacer la peur de manquer tout court … Une frénésie paranoïaque emplit les Français : tout, tout de suite. Leurs comportements abandonnent la moindre règle de savoir-vivre ensemble. Impitoyables, les méls sont à l’image de leurs auteurs, directs, sans début ni fin : ils demandent, affirment, convoquent, organisent, critiquent, se citent et se re-citent dans une sorte de tautologie collective improductive, sans s’intéresser à prendre le temps d’une politesse où, plus grave, d’aboutir à quelque chose de concret.
Georges Friedmann, premier sociologue français à décrire la parcellisation des tâches dans le travail industriel, avait dénommé ce phénomène le « travail en miettes »[7]. Lors du sondage d’Eurotechnopolis de 1998 déjà mentionné, plus de la moitié (54%) des personnes interrogées, exerçant essentiellement un travail de bureau, estimaient que leur travail était fragmenté, passant d’une activité à une autre, changeant de sujets de conversation, d’interlocuteurs, de réflexions ou d’activités. Un salarié est interrompu dans son travail en moyenne toutes les dix minutes par un coup de téléphone, un fax ou un mél, les Britanniques détenant la palme en matière d’interruptions[8].
La fragmentation du temps tient, en partie, à la nature du travail de gens dont le métier consiste à assumer des tâches nombreuses et diversifiées. Un col blanc qui a passé une journée à des tâches morcelées et peu exigeantes est tenté de poursuivre sur le même mode quand il doit se livrer à un travail de réflexion, traiter un problème ou rédiger une note. Lorsqu’il se trouve seul face à son travail et perçoit qu’il a des difficultés à s’y mettre, il subit une tension, voire une anxiété, plus ou moins consciente et d’autant plus importante qu’il est habité par un sentiment d’urgence.
Ce sentiment d’urgence dans le travail affecte 59% des personnes sondées en février 1998, avec peu de variations selon l’âge ou la profession. Dans les entreprises, l’urgence est devenue un mode de gestion quotidien justifié - à tort ou à raison - par un environnement très concurrentiel. En 1991, 23% des salariés disaient que leur rythme de travail leur était imposé par la pression permanente de la hiérarchie ; ils sont passés à 29% en 1998[9]. Les dirigeants expliquent aux employés que pour rester compétitifs il faut payer un prix : réagir sur le champ, parer au plus pressé en permanence, valoriser avant tout l’action immédiate.
C’est ce que l’on appelle dans le domaine du management la « réactivité ». Elle deviendra une exigence : réagir en temps réel. La réactivité aux événements est prise pour un critère de performance. Les réseaux de communications y participent largement, devenus des outils incontournables, obligeant à réagir en fonction des sollicitations incessantes qui arrivent de l’intérieur ou de l’extérieur de l’organisation. Y compris dans la sphère privée, tout aussi encombrée.
Que cela nous plaisent ou non, les TIC tissent, structurent et pilotent la vie politique, économique et domestique et sous-tendent en réalité toutes les activités des pays de l’OCDE. Plus de la moitié des Français utilisent un ordinateur dans leur travail. En moins de vingt ans les microprocesseurs et leurs applications ont été introduits dans tous les aspects de la vie. Cette mutation technique et technologique s’est propagée à une vitesse très supérieure à celle du métier à tisser, de la machine à vapeur, du moteur à explosion ou de l’électricité. Alors que l’électrification a pris cinquante ans pour se réaliser en France, le rythme d’introduction des TIC a été plus rapide. Cette évolution technique a modifié les tâches de production et, de ce fait, transformé la nature du travail, augmentant la part mentale qu’il exige. Déjà en 1950, alors que l’ordinateur n’était encore que « la machine à calcul à grande vitesse », bien différent de ce qu’il est devenu aujourd’hui, Norbert Wiener prévoyait dans son ouvrage Cybernétique et société des bouleversements dans l’organisation sociale, le processus de production, les contrôles statistiques, la comptabilité et la masse de travail de bureau, « à côté desquels la crise de 1929 paraîtrait « une plaisanterie »[10] ». Les ordinateurs, machines qualifiées d’intelligentes, changent de degré l’ampleur de l’accroissement de la production et sa régulation.
Où réside la nouveauté des problèmes que posent les TIC ? Fonctionnant au rythme de la nanoseconde, elles bousculent le temps biologique et les activités des êtres humains qui se déroulent à l’échelle de l’heure, du jour, de l’année, du siècle. Les développements des pratiques de consommation et de travail à distance déstabilisent les modes de vie et de travail contemporains. De plus, les TIC posent des problèmes d’un genre inconnu dans les mutations technologiques antérieures du fait qu’elles s’appliquent non seulement au travail, mais aussi à la vie quotidienne de tous. Elles déterminent une manière nouvelle d’appréhender la réalité et créent une relation au monde inédite. Plus que jamais des synthèses originales s’avèrent nécessaires pour maîtriser les fréquents changements de rythmes subis dans les activités les plus diverses, pour maîtriser les dérégulations de la consommation du temps. Pour l’Organisation Mondiale du Travail, le stress dû à la « pression du temps » est devenu l’une des questions de santé publique les plus sérieuses en ce début du XXIe siècle.
Le stress, découvert au début des années 1940 par le canadien Hans Seyle qui l’avait dénommé « syndrome général d’adaptation », correspond à la réaction d’un organisme contre une agression extérieure dont les manifestations causent divers dommages physiologiques et même psychologiques, comme la dépression nerveuse. Des directions d’entreprises utilisent le stress comme méthode de gestion du personnel. Elles estiment que les employés ont besoin d’être légèrement sous pression pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Si le stress joue le rôle d’un élément de motivation, tant qu’il n’altère pas l’atteinte des objectifs, au-delà d’un certain seuil, il produit des effets inverses. Il en résulte manque d’attention, lassitude, attitude psychologique négative… qui engendrent des à-peu-près, des dysfonctionnements. D’où des clients mécontents, le retour de produits qu’il faut réparer voire rembourser, l’explosion des coûts des services après-vente. Que coûtent ces pratiques pour l’ensemble de la société ? Plusieurs pays industrialisés ont tenté de quantifier le coût global du stress pour leur économie, estimé aux États-Unis à 200 milliards de $ en 1993 par le Bureau International du Travail. Les retombées des mauvaises conditions de travail représentent au Danemark 2,5% du PIB et 10% du PIB pour la Norvège et la Grande-Bretagne. La France, absente de cette grande étude du BIT, devrait, selon nous, payer au stress le même pourcentage du PIB que la Grande-Bretagne soit environ 120 milliards d’euros (800 milliards de F)[11].
Le temps se mêle si étroitement à la trame de l’existence des hommes que ces derniers n’ont qu’une conscience très partielle de la manière dont il détermine leurs comportements et modèle leurs relations. L’organisation du temps collectif résulte de nombreux compromis et arbitrages entre acteurs socio-économiques. Elle réclame un apprentissage, de nature sociale, long et parfois difficile. Alors que tout le monde s’accorde sur les différences d’organisation spatiale, il existe des différences de structuration temporelle méconnues. Cet oubli des réalités chronobiologiques aboutit à des aberrations dans l’organisation des temps des individus et des entreprises, voire dans l’ensemble de la société.
On l’oublie sans doute, l’organisation du temps — des temps — est un lent compromis historique entre acteurs socio-économiques, aujourd’hui complètement perturbée par les nouvelles technologies. Notre société multiplie ses interrogations sur les nouvelles régulations temporelles. L’ambition de ce livre est d’en faire le tour en proposant des repères adaptés aux XXIe siècle. Nos questions sont celles de tout le monde. La même durée du temps de travail hebdomadaire pour tous est-elle appropriée ? Le salaire basé sur la seule rémunération au temps de travail peut-il rester pertinent ? Le même âge de départ à la retraite pour tous est-ce une bonne idée ? Non ! Non ! Non ! Trois fois non !
On sait travailler beaucoup. Mais chacun a son rythme : c’est « l’arythmie » » des temps — le travail en miettes— qui perturbe l’horloge interne des hommes. Nous savons réduire le stock travail dans nos entreprises en créant de la valeur. C’est une valeur qui n’a rien à voir avec la durée du travail mais plutôt liée l’intensité de nos apports intellectuels. Un piège sinistre est posé aux tenants du « plus tu travailles, plus tu gagnes ! ». Nos modes de rémunérations doivent évoluer fondamentalement. Ils doivent incorporer une participation à la création de valeur dans nos entreprises. Que signifie la « retraite couperet » ? Selon les métiers, les temps de formation, chacun entre dans la vie active à des âges différents, seule sa durée importe. Il faudra calculer en nombre d’années d’activité et non pas en âge de « sortie » de la vie active. Et encore se mettra-t-elle en œuvre progressivement. Finis les modèles administrés. Fini le salaire à la peine. Finie la retraite exclusion. Nous allons vers la personnalisation de l’organisation de la vie et du travail et nous devons nous y préparer. Voilà les trois conclusions décisives de notre réflexion sur l’impact des réseaux d’ordinateurs sur le monde du travail largement ignoré des pouvoirs publics, préférant faire passer en force des solutions déjà dépassées et dramatiquement coûteuses.
La réduction du temps de travail telle qu’elle a été envisagée dans la loi Aubry était-elle en phase avec la rénovation de la vie active qui se profile ? Fallait-il imposer les mêmes règles à toutes les entreprises, tous les individus, sans tenir compte de leurs activités et des contextes où elles s’exercent ? Fallait-il prendre comme unité de mesure du travail la durée hebdomadaire ? Une habitude bien française, ancrée dans les mentalités, à l’opposé des pratiques internationales qui comparent les durées annuelles du travail, seul moyen compter les jours fériés, les congés annuels, le temps partiel. Comme le souligne Hugues de Jouvenel, « légiférer sur la durée hebdomadaire du travail peut paraître anachronique dès lors que celui-ci devient plus immatériel et que la frontière entre travail et non-travail devient plus poreuse[12] ».
Avec les TIC, le temps de présence ne représente plus la réalité complète du travail. L’amalgame entre temps de présence et efficacité illustre un des travers de la culture d’entreprise française les plus violemment dénoncés, notamment par les femmes[13]. La présence comme critère d’efficacité s’avère un mythe qui privilégie les apparences au détriment des résultats. Quelle qu’en soit la raison, une mauvaise organisation des rythmes du travail induit un mal vivre pour les personnes impliquées. Au siècle dernier, il a fallu penser le repos et la récupération en fonction de la fatigue physique. Il devient vital aujourd’hui d’engager une réflexion qui accorde une place à la fatigue mentale et nerveuse. S’interroger sur les façons de limiter cette fatigue, en maîtrisant mieux les impacts des TIC sur l’organisation des entreprises et le monde du travail, appartient à la législation du travail. Comment les entreprises tireront-elles parti des nouveaux modes de consommation du temps sans y perdre ? De quels choix disposeront les Français : mal utiliser leur temps ou le gaspiller ?
Il existe une écologie des territoires, de l’espace. Existerait-il une écologie du temps ?
Pour éclairer les différentes facettes de la montée du stress professionnel dû aux nouvelles pratiques du travail moderne, nous avons repris et mis à jour nos analyses de 1995 et l’étude de 1998, qui avaient suivi la sortie du livre Le Syndrome de Chronos, à la lumière des avancées supposées des 35 heures. À l’époque, nous ignorions que les 35 heures deviendrait un débat politique où tout bon sens a semblé abandonner les principaux protagonistes. Nous avons choisi aussi de revenir en détail sur plusieurs des propositions que nous avions émises sur les organisations des nouveaux temps individuels et collectifs. Nous proposons une amélioration de cette situation au niveau sociétal en quatre points que nous argumenterons dans l’ensemble de notre ouvrage.
En premier lieu les médecins du travail devront prendre toute leur place et intervenir pour favoriser des rythmes et des conditions de travail qui réduisent la fatigue et les contraintes psychologiques. Ensuite nous encourageons la création d’une « banque du temps libre » où le temps épargné sera préservé, y compris en cas de changement d’entreprise. Les jours ainsi économisés seront reportés sur plusieurs années, éventuellement sur l’intégralité de la vie professionnelle, et exploités dans des contextes variés. Cette proposition facilitera la mise au point d’une retraite à la carte. La troisième proposition vise à compenser une diminution de salaire, liée à la diminution du temps de travail, par une augmentation des revenus du capital. Cette source de revenu atteindrait, d’ici 2010, 30 à 35% des revenus du salaire. Enfin une quatrième proposition, qui n’irrite que les inconscients et les égoïsmes sectoriels : prolonger la durée de la vie active afin d’aplanir — à terme — les effets de la réduction du temps de travail par l’augmentation de la durée des cotisations, en renforçant la personnalisation et l’accompagnement de la vie active.
L’ensemble de notre travail plaide pour une approche différente mais réaliste du nouveau monde du travail, qui sera celui de nos enfants. À l’avenir, le travail sera vraisemblablement mis en perspective avec les autres activités à l’échelle temporelle d’une vie humaine. Le temps de travail et le temps libre, souhaitons-le, se répartiront mieux entre les âges, en faisant cesser le découpage traditionnel en trois longues périodes distinctes, scolarité, travail rémunéré et retraite. Le travail deviendra une activité fondue avec les autres. Les périodes de formation seront incluses, de plus en plus, dans le temps du travail. Leur moment sera choisi selon différentes échelles : jour, semaine, mois, année, vie entière. La notion d’employabilité facilitera le repérage de la richesse de chaque individu, l’adaptation en temps réel de son niveau professionnel, l’émergence de son projet personnel, tout en assurant à l’entreprise le meilleur profit de ses compétences.
Dans une société plus soucieuse d’efficacité que de vitesse tout le monde doit apprendre à gérer son temps. Sans doute faudra-t-il accepter le délai nécessaire à l’évolution des mentalités d’une société encore profondément marquée par l’ouvriérisme industriel. Nous espérons faire mentir cette phrase terrible « On ne prend pas le temps de vivre dans cette société, comment voulez-vous qu’on prenne le temps de mourir ? ».
Denis Ettighoffer
En savoir plus
Vous pouvez demander l’envoi au format PDF de l’ouvrage « Trop c’est trop ! » C’est gratuit
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- Pierre Giacometti (directeur général d’Ipsos Opinion), « Le temps de travail, première préoccupation des entreprises », Le Monde, 6 juillet 1999 (↩ )
- Des Européens en manque de temps ?, enquête internationale Ipsos pour l’Observatoire Thalys, automne 2001 (↩ )
- O. Marchand, C. Minni et C. Thélot, « La durée d’une vie de travail, une question de génération ? », Premières synthèses n°50.2, décembre 1998, DARES, ministère de l’Emploi et de la Solidarité, Paris (↩ )
- Sondage réalisé par l’IFOP pour Eurotechnopolis Institut les 12 et 13 février 1998, auprès de 468 actifs de plus de 18 ans interrogés par téléphone à leur domicile. Cf. Les Échos, 5 mars 1998 (↩ )
- Francis Jauréguiberry, Rencontres de la communication mobile organisées par Motorola, Paris, 13-14 octobre 1999 (↩ )
- Infotechnos : terme utilisé dans ce livre pour « technologies de l’information et de la communication » (↩ )
- Georges Friedmann, Le Travail en miettes, Paris, Gallimard, 1964 (↩ )
- Selon une enquête réalisée en 1999 par l’Institute for The Future et la société d’études Gallup aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne (↩ )
- Sylvie Hamon-Cholet et Catherine Rougerie, « La charge mentale au travail : des enjeux complexes pour les salariés », Économie et statistiques, n°339-340, septembre-octobre 2000 (↩ )
- Norbert Wiener, Cybernétique et société. L’usage humain des êtres humains, Paris, U.G.E., 1962. La première édition en français a été publiée en 1952 par les Éditions des Deux-Rives (↩ )
- Cf. notre ouvrage précédent Le Syndrome de Chronos. Du mal travailler au mal vivre, Dunod, 1998 (↩ )
- Hugues de Jouvenel, « Temps de travail, faux débats et vrais défis », Futuribles n°237, décembre 1998 (↩ )
- cf. Gabrielle Roland, Seront-elles au rendez-vous ? La nouvelle cause des femmes, Flammarion, 1995 (↩ )
Posted: février 6th, 2009 under Cyber-économie, Développement, Innovation, Internet, Langages, Mutations, Médias, Prospective, Savoirs, Société, Technologies, Usages, Économie, Éducation du futur.
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