Internet et libre examen

Mini-reportage en direct par Cawailleurs, le Cawa d’AdmiNet City, comme si vous étiez.
Un invraisemblable capharnaüm. C’est hélas un des mots les plus spontanés et adaptés pour décrire ce qui se passe en ligne actuellement à l’Isoc France, censée être entrée en assemblée générale depuis lundi 8 septembre.
Tout se passe par courriers électroniques, sur des listes, gérées par le bureau du « Conseil d’administration » dont la légitimité est contestée et la gestion des trois dernières années vivement critiquée. Ou du moins par le bureau d’une partie de ce « CA » puisqu’il est loin, depuis longtemps, de réunir les 15 administrateurs statutaires.
Les membres ne savent pas qui est membre ni avec qui ils parlent.
On peut en effet s’inscrire sur la liste des membres votants par un simple envoi de courrier électronique et le paiement de 20 euros de cotisation. Le présumé trésorier lui-même écrit, dans un descriptif du corps électoral : « 22 membres n’ont pas indiqué où ils vivent. »
Et seul le « bureau » en place a accès à la liste des membres.

Censure et radiation temporaire sont déjà à l’œuvre, de façon arbitraire et partiale, dans des échanges où d’ordinaire pas le moindre avertissement ne vient sanctionner des injures et insinuations ignobles, empreintes souvent d’une misogynie à couper au couteau ou de fantasmes surréalistes. Sur 128 membres, 18 femmes seulement. Cela se sent dans la tonalité des propos !
Par un malencontreux hasard, la censure frappe deux des signataires les plus actifs de l’Appel du 8 mars pour la refondation de l’Isoc France publié sur Rue89, dont son porte-parole principal.
Et pour deux ou trois expressions qui ont déplu au bureau, on peut se voir interdire non seulement d’envoyer des messages sur un forum d’ordinaire très laxiste, mais encore être complètement privé de l’accès aux discussions de la liste dédiée à l’assemblée générale, en émission et en réception. C’est-à-dire être amputé de ses droits de citoyen dans une association prétendument ouverte et démocratique.
Vous avez dit le projet de loi Hadopi liberticide, notamment parce que peu rigoureux sur l’établissement de la preuve et les droits de la défense, avec des sanctions disproportionnées ?
C’est vrai. Le projet de loi Création et Internet (ex-Hadopi) est inacceptable en l’état.
Et le Paquet Telecom à Bruxelles est également mal ficelé en matière de libertés.
Mais venez voir à l’Isoc France, c’est encore mieux.
Le fond du sujet n’est pas vraiment encore abordé. Une bonne partie des membres demande une assemblée générale physique, ce qui ne s’est pas vu depuis plus de quatre ans. L’équipe en place avait pris en effet l’habitude d’organiser de simples (ré)élections par courrier électronique, qui présentaient l’avantage d’escamoter tout débat de fond. Aucune reddition de comptes, aucun vote de quitus, pas de consultation sur les programmes d’action ni sur les orientations et positions.
Un bureau pense pour vous. Vous devriez remercier ces gentils « bénévoles ».
Quelques autres semblent tenir à une AG en ligne, soit par passion idéologique, soit pour protéger le bureau actuel d’une éventuelle mise en minorité dans un face à face où se dérober aux questions est difficile.
Certains proposent de voter en ligne pour savoir si l’AG sera physique ou en ligne !


Et au lieu d’inviter les adhérents à étudier calmement les documents dits « rapport moral » et « rapport financier » qui tentent de « régulariser » à la sauvette 3 années de carence, au lieu d’organiser un examen contradictoire de ces documents, l’équipe en place essaie de reconstituer son crédit perdu par un providentiel diner de plébiscite à la gloire du président contesté.
C’est là, dans ce milieu censé être la tête pensante et agissante des internautes français, qu’on voit clairement que les web 2 et 3 peuvent devenir, selon comment les internautes s’en serviront, soit un nouvel instrument de manipulation de masses et d’oppression, soit des outils d’émancipation, de connaissance et de développement personnel et sociétal.
Dominique Lacroix
En savoir plus
— « La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre ce serait cesser d’être. »
Henri Poincaré
Discours prononcé lors du 75e anniversaire de l’Université Libre de Bruxelles, le 21 novembre 1909
D’Henri Poincaré également :
« Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »
La Science et l’hypothèse, 1908
— Vidéo de propagande sur le libre examen à l’Université libre de Bruxelles (ULB), produite par l’ULB en 2005.
Bizarrement classée sur YouTUbe dans la rubrique « divertissement ».
— Article Libre examen sur Wikipedia
— Dans la veine des Lumières, des documents historiques intéressants :
Textes Électroniques Clandestins du dix-huitième siècle mis à disposition sur le serveur de l’Université de Turin-Vercelli.
Parmi eux Le Traité des trois imposteurs. Un manuscrit clandestin très répandu.
Auteur inconnu.
Imprimé pour la première fois en 1719 sous le titre: L’Esprit de Spinosa.
— Un site consacré à Capharnaüm
— Quelques ouvrages pour l’apprentissage de la pensée :



* Une critique de Popper par Denis Collin
* Un compte rendu de l’Introduction à la pensée complexe sur Teratoblog
* Boris Cyrulnik sur la librairie Gaïa
— Sur l’assemblée générale de l’Isoc France : refondation-internet.org
— Sur le projet de loi Création et Internet :
86 artistes contre la loi Création et Internet (ex Hadopi), sur Numerana
— Au Parlement européen :
* Isoc Europe dénonce la riposte graduée prônée par la loi Internet et Création, par Estelle Dumout, ZDNet France
* Le Parlement européen débat du nouveau paquet télécom, par Ariane Beky, Neteco
* Ordre du jour du Parlement européen pour le 23 septembre, sur Europarl.eu
9:00 – 11:50 DÉBAT PRIORITAIRE
Lutte contre le terrorisme
Protection des données à caractère personnel
12:00 – 13:00 VOTES,
N° 29 : Rapport Catherine Trautmann (A6-0321/2008) – Réseaux et services de communications électroniques
N° 30 : Rapport Pilar del Castillo Vera (A6-0316/2008) – Autorité européenne du marché des communications électroniques
N° 31 : Rapport Patrizia Toia (A6-0305/2008) – Tirer pleinement parti du dividende numérique en Europe: pour une démarche commune d’utilisation du spectre libéré par le passage au numérique
sur « Tirer pleinement parti du dividende numérique en Europe: pour une démarche commune d’utilisation du spectre libéré par le passage au numérique »
N° 32 : Rapport Malcolm Harbour (A6-0318/2008) – Réseaux et services de communications électroniques, protection de la vie privée et protection des consommateurs
sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 2002/22/CE concernant le service universel et les droits des utilisateurs au regard des réseaux et services de communications électroniques, la directive 2002/58/CE concernant le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques et le règlement (CE) n° 2006/2004 relatif à la coopération en matière de protection des consommateurs
Posted: septembre 13th, 2008 under Communautés virtuelles, Cyber-économie, Développement, Gouvernance de l'Internet, Interfaces, Internet, Justice, Langages, Médias, Propagande, Prospective, Réalité ou fiction ?, Réseaux sociaux, Savoirs, Société, Sécurité, Technologies, Usages, Économie, Éducation du futur.













