Idées pour une rénovation de l’ISOC France
1er mai 2008
Résumé
Cette note fait quelques propositions pour aider l’association Isoc France à retrouver le sens de la démocratie et prendre sa place dans les débats relatifs à l’Internet, ses usages, son avenir.
1. Analyse d’une situation
Il n’est pas besoin d’être membre d’un chapitre national de l’Isoc pour imaginer ses statuts et vocations : peu ou prou, amener dans le débat public des problématiques relatives au fonctionnement technique de l’Internet, à son pilotage et à son partage, maintenant que cette « chose » dépasse le cadre premier de ses fondateurs, de façon qu’elle puisse être appropriée de la façon la plus transparente et la plus satisfaisante par ses utilisateurs, avec tous les sens que l’on peut donner à ce terme.
On peut tirer parti des dysfonctionnements actuels de l’Isoc France en l’invitant à théoriser ses faiblesses, puis à faire profiter de ses analyses d’autres chapitres nationaux, l’Isoc monde, et diverses instances de l’Internet.
2. Quelques propositions
2.1 Cultures et nationalités
L’Isoc France peut profiter de la fédération internationale proposée par l’Isoc pour aligner ses pratiques sur les normes sociales en cours dans le monde. Nos amis étrangers pensent toujours que nous sommes trop français : querelleurs, autoritaires, peu portés sur le débat serein et argumenté, incapables de nous voir racistes ou sexistes, ne respectant pas notre parole, ni les codes auxquels nous prétendons nous référer, incapables de sanctionner les auteurs d’irrégularités. Des contacts approfondis avec les Américains, les Canadiens, et les Scandinaves seraient profitables pour changer nos comportements. Chez ces derniers, la notion de démocratie et le strict respect des règles collectives sont bien plus développés que chez nous.
2.2 Abus de pouvoir
Dans nombre de listes de discussion, une personne hérite du statut de modérateur du fait de ses compétences techniques. Cela génère systématiquement des abus, qui vont du retard dans la validation d’un mail à la censure en passant par la désinscription si un mail ne plaît pas au modérateur, ou si ce dernier est incapable de savoir si le mail est conforme ou pas aux règles de la liste.
Ce phénomène est général et mérite d’être théorisé. Par exemple :
1. L’Internet est-il d’usage si aisé si, dès que l’on veut organiser un débat, on ait besoin d’experts techniques ? Pourquoi ces derniers sont-ils si souvent de piètres diplomates, et ne savent-ils pas être démocrates ?
2. Ce problème est-il propre à la France (faible littératie électronique) ? ou est-il mondial (mainmise sur les réseaux électroniques de la part d’informaticiens raisonnant en termes de if… then… else sans nuances) ?
3. Cette question de la compétence technique et de la compétence sociale ou politique sous-jacente à l’expérience de l’Internet n’est-elle pas cruciale, quand on voit les difficultés que les informaticiens, les électeurs et les législateurs rencontrent pour dialoguer ensemble ?
On peut aussi prendre les choses à l’envers : se demander si la démocratie n’est pas le cache-sexe d’un nouveau visage de l’Internet, appelé par une majorité d’acteurs : celui de la surveillance et d’un autoritarisme qui ne souffre pas d’être surveillé démocratiquement. Là encore, l’Isoc France et la France pourraient servir de terrain pour alimenter la théorie.
2.3 Conflits d’intérêts
Pourquoi la gouvernance de l’Internet est-elle si peu crédible ? Du fait que ses prétendus experts sont de grands menteurs. Exemple : le site http://dotforce.org, espace de débat du G8 revendiqué pour réduire la fracture numérique, n’est plus maintenu. Preuve que ce débat n’était qu’opportuniste. Et la noble institution fondée pour résoudre les malheurs des pauvres s’est dissoute dans la pornographie.
Cf. le site web actuel.
De façon générale, beaucoup d’acteurs de l’Internet se plaignent des fourberies des porte-paroles du SMSI[1]. Or, d’autres gouvernances ont pu se construire de façon plus efficace. Par exemple celle sur le climat.
Il peut donc être intéressant de chercher à savoir quels sont les bons ingrédients et les règles nécessaires à une tentative de débat public qui mène à un réel partage politique du pouvoir qui est en train de se mettre en place.
Au chapitre des ingrédients, il y a déjà la sérénité individuelle offerte par un métier stable. Or, une grande partie de nos compatriotes subissent de plein fouet une crise économique qui laisse aussi peu de place aux talents qu’aux personnes qui désirent simplement vendre leur force musculaire.
L’Isoc France n’aurait-elle pas avantage à évaluer la situation française ? Il semble que notre pays à la fois manque d’experts de l’Internet (de l’informaticien à l’analyste social) et qu’il les sous-emploie. De ce fait, l’Isoc France peut apparaître comme un réseau social pour trouver un emploi, et sa mission initiale s’en trouve détournée.
Cela ne résoud pas la question du pouvoir dans l’Internet. Certains experts de l’Internet non-chômeurs sont employés par des grandes firmes, ce qui les condamne à une forme d’auto-censure. Il semblerait que la situation canadienne ait des ressemblances avec la française. Qu’en est-il en Europe ? L’Isoc France pourrait-elle expliciter les conditions qui permettraient de garantir et une activité dans l’Internet et une analyse de l’Internet qui soient vraiment impartiales, rationnelles ? Ou le ver est-il dans le fruit de l’Internet, avec des consortiums internationaux qui empiètent les uns sur les autres ?
Un tel débat, élargi aux confrères d’autres pays, permettrait sûrement d’adopter des règles saines qui permettraient d’éviter ces mélanges des genres. Qui dit règle dit aussi sanction pour qui cumule des activités, des intérêts, des emplois. Au plan des individus comme des organisations.
2.4 Autres débats
Le plus connu est celui de la fracture numérique, qui lui aussi peut-être mené de façon rationnelle, rigoureuse, et dépassionnée. Le moins connu serait celui de l’engouement pour l’Internet, qui renvoie peut-être à nos besoins de passions en un début de siècle qui déifie la technique.
D’autres débats peuvent être menés : place de la publicité, sexisme des représentations sociales (pourquoi le hacker génial n’est-il jamais une adolescente ?), dépendances et ambiguïtés de l’Icann, bien public et biens communs etc.
Jean Wise
En savoir plus
— Site le l’Isoc France
— Site de l’Isoc monde
— Petit observatoire de l’Isoc France
— Site de l’Icann
Posted: mai 1st, 2008 under Collaboratif, Communautés virtuelles, Comptabilité, Cyber-économie, Droits de l'immatériel, Développement, Genres, Gouvernance de l'Internet, Informatique, Innovation, Interculturel, Interfaces, Internet, Internet des Objets, Justice, Langages, Multilinguisme, Prospective, Recherche, Religions, Réseaux sociaux, Savoirs, Société, Technologies, Usages, Économie, Éducation du futur.
Comments
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Comment from Dominique Lacroix
Time 28 mai 2008 at 1:54
Sur les abus de pouvoir des modérateurs de liste, je ne suis pas sure qu’une corrélation puisse être établie avec l’expertise technique. J’ai participé à plusieurs listes de discussion de développeurs professionnels où ce phénomène ne se rencontrait pas comme à l’Isoc France.
En revanche, je l’ai vu souvent sur des listes où précisément le modérateur était apprenti en matière d’informatique.
Je crois qu’il y a en fait défaut d’expertise. On sait facilement couper des robinets ou filtrer des informations. Mais la modération d’une liste ou plutôt son animation, car le rôle ne devrait pas être conçu que comme négatif, c’est une compétence différente et plus élaborée, qui s’apprend.
Ces comportements « antidémocratiques », lorsqu’ils se répètent, me paraissent surtout révéler des personnalités autoritaires ou peu sures d’elles, qui trouvent là un mode d’expression d’omnipotence paranoïde.
Les véritables informaticiens n’ont en général pas besoin de couper des robinets pour affirmer leurs compétences. Et je crois ce milieu trop libertaire pour apprécier ces pratiques.