Sarkozy : acculturation et pipolisation de la France, par André Rouillé
Guy Môcquet,
par Pignon Ernest Pignon
[...] Acculturer, telle a été, dès sa campagne, l’attitude du candidat quand il s’est approprié les figures de Jean Jaurès, Léon Blum ou Guy Môquet en occultant délibérément que leur combat, leur engagement, et leur mort même, s’inscrivaient dans des directions totalement opposées aux siennes. Usurper les grandes figures de la culture française en oblitérant et travestissant leur sens n’est rien moins qu’une entreprise de dilution, qu’une action concertée de brouillage des repères et de blocage de la compréhension. Rien moins qu’une offensive contre la culture.
Billet de Guy Môquet adressé le jour de son exécution à Odette Lecland, également internée au camp de Choisel à Châteaubriant.
22 octobre 1941.
© Coll. Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne.
Donation Odette Niles.
Autant le candidat Sarkozy avait évidemment la liberté de se réclamer de la droite et d’en défendre les valeurs, autant la plus élémentaire honnêteté intellectuelle aurait dû lui interdire de le faire au nom des grandes figures de la gauche qui ont combattu lesdites valeurs au péril de leur vie. Sauf à falsifier l’histoire, comme cela a notamment été le cas à l’occasion de la lecture de la lettre de Guy Môquet [1] dans les écoles : le très explicitement communiste « Chers camarades » employé par Guy Môquet ayant été subrepticement remplacé par un très neutre (ou gaulliste) « Chers compagnons » [2].
[...]
Mais la face la plus visible de cet immense processus d’acculturation dans lequel la France médusée est emportée depuis l’élection présidentielle est cette entreprise de pipolisation généralisée qui, tous médias confondus, sature notre quotidien. Alors que l’on nous a rebattu les oreilles avec le respect de la vie privée des hommes et des femmes publics, c’est significativement l’inverse dont il est aujourd’hui question. Nicolas Sarkozy mélange sans pudeur sa vie privée et sa vie publique, fait vivre aux citoyens les épisodes de sa vrai-fausse petite vie sentimentale, et leur impose ses amitiés, son univers, et son monde. Jusqu’à la nausée.
Carla Bruni première dame de France : la faute des pirates. Nicolas Sarkozy et Carla Bruni se seraient rencontrés à l’Elysée le 23 novembre dernier lors de la présentation d’un rapport sur le piratage sur internet
(NDLR)
Le soir même de l’élection, le ton était donné avec le retour de Johnny Hallyday apparemment assuré de son immunité fiscale, Bigard sur la place de la Concorde et, le lendemain, le milliardaire Vincent Bolloré qui confiait au nouveau Président les clés de son jet et de son yacht privés. Le fric, le clinquant, le luxe, le pipole, le showbiz : ainsi était dressé l’écran qui servirait à masquer la rigueur des mesures politiques à venir. Les couleurs et les formes d’un monde et d’une culture, celles de la France scintillante des nantis, éblouissaient et oblitéraient les difficultés croissantes de l’autre partie de la France…
En quelques mois, on a eu droit à tous les épisodes Cécilia (si méthodiquement médiatisée qu’on la désigne familièrement par son prénom). Voici Carla qui, en tant qu’ancien top modèle et chanteuse, incarne un horizon culturel à la fois pipole et populaire que l’exhibition à Disney Land a manifestement eu pour fonction de souligner.
[...] De Gaulle avait Malraux, Sarkozy a Bigard. Au grand écrivain a succédé un bateleur dont la gloire lui vient d’avoir porté le divertissement jusqu’aux plus hauts sommets de la vulgarité [...]
Ainsi va la France, de régression en régression. Tandis que les autorités continuent à se persuader que, comme jadis, sa culture et sa pensée éclairent de tous leurs feux les peuples de la Terre… C’est dramatiquement l’inverse. Le désert gagne l’art, la culture, la recherche, de façon à la fois plus sourde, plus profonde et plus insolente que la simple réduction des budgets et que la probable suppression prochaine du ministère de la Culture. La médiocrité ronge, l’imbécillité triomphe, la vulgarité et l’insignifiance prospèrent, les démons d’hier refont surface (on songe à certain ministère de l’Immigration et de l’identité nationale), l’exigence est méprisée. Le cliquetis des Rolex recouvre désormais le concert des concepts des philosophes français qui ont, hier encore, enchanté le monde.
André Rouillé, in « Sabordage de la culture », éditorial de Paris-Art.com du 3 janvier 2008
[1] Guy Môquet, jeune communiste de 17 ans, fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941 à la Sablière, près de Chateaubriant, en Loire-Atlantique (NDLR)
[2] Dans l’intitulé de présentation officielle par les services de la présidence (NDLR)
Lire l’analyse en entier sur Paris-Art.com
Éditorial « Sabordage de la culture », par André Rouillé
Publié par Marthe Pilven
En savoir plus
— Site officiel de Ernest Pignon-Ernest
— Dossier sur la lettre de Guy Môcquet à sa famille sur le site du SCÉRÉN-CNDP
Posted: janvier 7th, 2008 under Médias, Propagande, Société.













