Les Lieux de savoir

Au-delà des grands partages entre sociétés lettrées et sociétés sans écriture, entre Orient et Occident, entre sciences et humanités, au-delà des découpages disciplinaires, ce « livre-laboratoire » cherche à éclairer des dynamiques, des configurations, des dispositifs situés dans le temps et dans l’espace, sous la forme d’études de cas articulées dans un plan thématique et encadrées par des textes réflexifs.
Ce premier volume est consacré à deux questions fondamentales : comment les savoirs en viennent-ils à faire lieu et à faire corps ? De la Mésopotamie ancienne à l’exploration robotisée de Mars, en passant par de multiples traditions culturelles, il explore les dynamiques de formation et de fonctionnement des communautés savantes, comme les divers scénarios permettant aux projets de savoir et à leurs acteurs de s’ancrer dans des lieux, de circuler dans des réseaux, de configurer des géographies.
Histoire comparée des pratiques intellectuelles, des tablettes mésopotamiennes à l’Internet, l’entreprise des Lieux de savoir porte un regard neuf sur les sociétés humaines. Comment naissent, se pratiquent et se transmettent les savoirs ? Quels sont les gestes et les instruments du travail savant ? Quelle est la géographie dessinée par les parcours et les étapes des maîtres et des étudiants, des pèlerins et des explorateurs, des livres et des objets ? Projet international de grande ampleur, tant par sa richesse que par son ambition, les Lieux, de savoir offrent un panorama sans équivalent, des mille manières dont, à travers les âges et les cultures, les hommes ont produit, validé, sauvegardé et transmis des savoirs, par-delà les grands partages entre sociétés lettrées et sociétés sans écriture, entre Orient et Occident, entre sciences et humanités. Des monastères bouddhistes à l’atlas du génome humain, de la Route de la soie au sol de la planète Mars, des villages africains aux écrans d’ordinateurs, ce « livre-laboratoire », premier volume d’une série de quatre, ouvre la voie d’une nouvelle anthropologie de la connaissance.
Extrait de l’avant-propos
« Les Lieux de savoir entendent être un livre homologue à leur objet, et donc un miroir réflexif pour les historiens dont les pratiques peuvent gagner à être reconsidérées à partir de points de vue inaccoutumés. Comment réagit le champ de recherche d’un helléniste si on le fait entrer en résonance avec ceux d’un sinologue, d’un sanskritiste, d’un historien des sciences? La vision des universités européennes demeure-t-elle inchangée si l’on compare leurs examens à ceux de la Chine impériale ou au rituel d’initiation des devins du Togo? Quel éclairage est apporté sur la circulation des savoirs quand on confronte un lieu d’étape sur la route des caravanes d’Asie centrale, les réseaux de sociabilité de l’Europe du XVIIe siècle et l’espace connecté de l’Internet contemporain? Aux différences et aux analogies immédiates et terme à terme on préfère le repérage de configurations complexes où la chaîne des déterminations sociales et culturelles fait saillir l’irréductibilité des situations comparées, mais aussi la spécificité des sources et des méthodes utilisées par l’observateur dans son champ propre. Si l’on croit aux effets heuristiques d’une pratique généralisée de la comparaison, ce n’est pas pour partir en quête d’improbables universaux, mais c’est parce que comparer, c’est faire circuler entre différents champs des outils et des problématiques et c’est distinguer en quelque sorte divers niveaux de granulométrie dans le filtrage des objets, des documents, des sources.
Carnet de route d’un collectif de chercheurs nomades, adeptes, dans le sillage de Michel de Certeau, d’un braconnage intellectuel qui refuse de se laisser enclore par des barrières disciplinaires et académiques, ce livre-laboratoire ne prétend à aucune synthèse visant à récapituler le champ entier de l’histoire des savoirs. Plus mesurée, son ambition est de réintroduire de la fluidité dans la pensée et de l’inventivité dans la recherche; de déstabiliser des positions que tend à figer le compartimentage établi (humanités, sciences sociales, histoire des sciences, etc.) et d’offrir à ses lecteurs de tirer parti d’un dépaysement raisonné.
Les Lieux de savoir déroulent de multiples fils entre les disciplines, les époques historiques et les aires culturelles. Si chacun d’eux peut être suivi dans sa cohérence et sa continuité, pour relier par exemple les chapitres traitant de l’Antiquité ou de l’histoire du livre, l’essentiel réside dans les croisements et les nœuds, qui invitent à circuler entre la Chine et la Grèce, l’Inde et l’Afrique, les sciences et les humanités, les monastères et les écrans, les bibliothèques et les jardins. Ces confrontations, sous la forme concrète et circonscrite d’études de cas, sont réunies dans des sections thématiques, elles-mêmes introduites par des textes d’articulation, lieux de veille critique et théorique, balises provisoires, dessinant à leur tour, à plus petite échelle, un réseau de liens signifiants. Au lecteur de faire varier la focale de son regard — du lieu au réseau, des gestes aux œuvres, de la pensée aux traditions —, de naviguer sur ces routes possibles et de tracer les siennes propres au-delà du livre, sur un horizon de recherches à venir. »
Christian Jacob
Les Lieux de savoir, volume 1, coordonné par Christian Jacob
Éditions Albin Michel (31 octobre 2007)
Collection : Sciences humaines
ISBN-10: 2226179046
ISBN-13: 978-2226179043
75 €
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Posted: novembre 28th, 2007 under * Livres, Internet, Recherche, Savoirs, Société.













