Des criminels en blouse blanche
En novembre 2006, nous publiions, sur notre site www.ralissoutin.com, un article au titre provocateur « Le Nègre et la santé » pour fustiger la désinvolture du corps médical en Afrique face au désarroi des malades. Dans la même semaine, la presse sénégalaise faisait état d’un bébé de 8 mois, mort des suites de brûlures, après avoir été trimballé d’un hôpital à l’autre, faute de place… Une telle cruauté, contée comme un fait divers, a été vite oubliée. Des situations semblables sont coutumières en Afrique. C’est encore une nouvelle preuve que trop d’Africains n’ont de respect ni pour la vie, ni pour la mort. Le laxisme est partout, y compris dans les hôpitaux où on retrouve des balayeuses et des gardiens analphabètes qui, à force de rôder dans les couloirs de l’hôpital, sont devenus sage-femme ou infirmier de fait, par népotisme.
Souvent, des parents transportent un proche agonisant à l’hôpital et, faute de moyens pour payer le ticket d’entrée, poireautent au portail d’entrée jusqu’à ce que la mort du patient les libère. Il est courant de voir un médecin, ayant prêté serment, regarder un mourant dans les yeux et le renvoyer sous prétexte d’un manque de lit. Un médecin respectueux de son métier ne devrait-il pas se précipiter sur tout malade en détresse et lui apporter les premiers soins, même s’il doit le faire dans la rue ou le jardin de l’hôpital ? Il doit agir comme si le malade en danger de mort était son propre fils ou sa propre mère.
Dans les établissements médicaux publics, une conscience professionnelle comateuse offre des spectacles horribles. Quotidiennement, les morts sont trimbalés avec insouciance dans les ruelles des hôpitaux africains, les pieds parfois découverts, sur des brancards moyenâgeux aux roulettes bruyantes. Lorsque arrive l’heure de la relève, le médecin de garde s’en va, quelle que soit la situation, même si un mourant le retient par la blouse. Pourtant, un citoyen ordinaire qui abandonne un malade en détresse peut être condamné pour non assistance à personne en danger. C’est terrible à dire, mais certains médecins, en Afrique notamment, peu conscients de la noblesse de leur fonction, se comportent en véritables criminels. Au lieu de s’acquitter du suivi correct des malades qu’ils viennent d’opérer, de nombreux médecins, arrachés à la déontologie professionnelle par l’attrait du gain financier, les abandonnent à des infirmiers douteux et courent vers les cliniques privées à la recherche d’interventions onéreuses. On ne peut pas reprocher à un travailleur de se soucier de sa situation financière après de longues années études, mais les préoccupations de carrière ne doivent jamais primer sur des vies humaines. Combien de malades sont morts du fait d’une erreur manifeste d’un corps médical peu dévoué ? Happées par le fatalisme, de nombreuses familles ont laissé impunies des négligences médicales qui ont coûté la vie à leur proche.
En Afrique, tout le monde sait maintenant qu’il faut corrompre âprement l’équipe médicale de garde pour voir son malade bien traité. Beaucoup de médecins ne sont en réalité que des commerçants, des rentiers et des chasseurs de prime. Il faut les retourner à l’école primaire pour leur apprendre que la vie humaine n’a pas de prix. En attendant, il urge de confectionner pour eux des tuniques noires à la place des blouses blanches car beaucoup de deuils sont la cause directe de leur inconscience et le de leurs négligences criminelles.
Les hôpitaux publics en Afrique, pour la plupart, sont abandonnés à une insalubrité et à une désinvolture souveraines qui conduisent à la banalisation des infections nosocomiales. Le tout se passe dans une impunité inouïe. Le docteur Serge-Nicolas Nzi, Directeur du Centre Africain d’Études Stratégiques, s’indignait le 19 décembre 2005 à Logano en ces termes : « Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs et nos chefs d’États préfèrent aller se faire soigner à l’étranger, au lieu de promouvoir une santé publique digne de ce nom dans nos pays africains. La santé est le bien le plus précieux des êtres humains et quand on est Président, la première des choses à faire est de donner au pays qu’on dirige un système sanitaire de qualité, permettant à ses concitoyens de se soigner dans les meilleures conditions». Aux États-Unis, dans le Nebraska, c’est un hélicoptère qui a été affrété pour sauver d’urgence la vie d’un dangereux criminel qui a reçu une balle en s’évadant de la prison, en 1999. Et les médecins s’empressaient autour du mourant comme s’il s’agissait de la plus haute personnalité de l’État. Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais de respect de la vie humaine, de la dignité humaine. L’argument de l’absence de statut professionnel motivant est irrecevable quand il s’agit de vies humaines.
Chercher à sévir à titre dissuasif en sanctionnant les agents médicaux coupables de négligences criminelles n’est pas toujours une bonne solution en Afrique, compte tenu du fatalisme, de la forte tendance à la résignation et de la peur du prétoire. De plus, il n’est pas toujours facile de situer la responsabilité exacte du médecin dans le décès d’un patient, sachant qu’il est rarement soumis à une obligation de résultat. Une enquête sévère de moralité comme condition d’accès à la faculté de médecine ou établissements similaires ? Le métier de médecin est certes un sacerdoce dont il faut éloigner tous les individus sur qui pèse le moindre soupçon d’inconscience, d’irresponsabilité et de laxisme, mais l’enquête de moralité est toujours subjective et peut ouvrir la voie à des abus et discriminations. Augmenter les moyens d’intervention du personnel médical ? Oui, mais surtout renforcer la conscience professionnelle du corps médical. Dans cette optique, il est parfaitement possible, compte tenu de la consistance du capital temps et argent à investir dans une formation classique, d’envisager une formation-recyclage assouplie selon la formation e-learning pour réhabiliter la conscience déontologique, morale et citoyenne des médecins dans certains pays africains.
Rosnert Ludovic ALISSOUTIN
Posted: novembre 18th, 2007 under Développement, Société, Économie.













