L’Isoc France, entre opacité, censure, diffamation et arbitraire
Mise à jour 10 mars 2008
Censure
La profession de foi que vous pourrez lire plus bas aurait dû servir de clignotant. Au contraire, les procédés discutables ont empiré depuis ces élections de novembre 2006.
Elle a été affichée sur le site de l’ISOC France, comme celles de tous les autres candidats, conformément aux usages des années précédentes.
Quelques temps après les élections, elle fut effacée. Pour ne pas faire tâche, on effaça aussi les professions de foi des candidats non élus des élections antérieures.
Des élections ubuesques
En fait, j’annoncerai quelques jours plus tard, avant le vote, que je me désistais au profit d’un jeune juriste. Je n’avais pas le temps de m’impliquer beaucoup dans une association de plus. Je n’avais posé ma candidature que pour obliger le gestionnaire des listes de discussion, Philippe Batreau, à réouvrir mes droits d’accès, pour pouvoir donner mon avis sur le fonctionnement de l’ISOC France. J’avais en effet été bannie en silence depuis le mois d’août 2006 et le paiement de mon adhésion avait été refusé par Philippe Batreau de sa seule initiative (suite à un minable litige privé sans rapport avec l’ISOC).
Ma candidature a dû faire très peur. Les 5 autres candidats — pour 5 postes disponibles — ont riposté par une candidature groupée, dite « candidature solidaire », faisant ainsi pression sur les électeurs et réduisant leur liberté de choix.
En outre, des petits malins que je ne connais pas personnellement, dont l’illustre Jean-Michel Yolin*, un polytechnicien, ingénieur général des Mines — et l’un des administrateurs de l’ISOC France — se sont amusés à faire circuler par courriers électroniques une rumeur selon laquelle j’aurais été, vingt ans plus tôt, une espionne, maîtresse de Blaise Compaoré ou de l’un de ses ministres, que j’aurais sans doute participé à l’assassinat de Thomas Sankara et que j’aurais été « exfiltrée » après le meurtre.
Conclusion : on ne peut pas faire confiance à « une Mata Hari ».
L’affaire aurait été risible si l’on n’avait pas été précisément en pleins préparatifs du 20e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara.
De tels procédés sont bien sûr indignes d’une démocratie et sont de nature à invalider toute élection dans une organisation respectable.
Croyez-vous que le bureau de l’ISOC France a réagi, sanctionné ou au moins relevé le caractère inacceptable de tels propos sur Internet, surtout dans une élection ? Niet. Pas un mot.
En revanche, moi, quelques temps plus tard, dans une discussion en ligne, je me fais sermonner par Odile Ambry, vice-présidente de l’ISOC France, pour avoir écrit quelques mots en lettres capitales à fin de mise en valeur. Et suspendre de la liste de discussion pendant une semaine — par un CA sans quorum — pour avoir contesté des pratiques étranges ![]()
Pauvre France ! Voilà à quoi ressemblent les élites qui prétendent la mettre sur le bon chemin de la gouvernance de l’Internet !
— témoignages écrits en bonne et due forme légale, de destinataires des mails et archives de la liste de discussion,
— main courante que j’ai déposée à un Commissariat de Police,
— aveux par mails d’un autre ingénieur X-Mines, qui, trompé par un ami, dit-il, s’est laissé entraîner dans cette campagne de diffamation. Admettons et pardonnons.
Arbitraire et exclusions
Bizarrement, en octobre 2007, au moment de renouveler les adhésions pour pouvoir participer aux prochains votes, le paiement de ma cotisation a été refusé, une seconde fois. Et j’ai été radiée des listes de discussion.
Sans un mot d’explication. Sans décision du CA et sans procédure contradictoire prévue dans les statuts.
L’élimination silencieuse dans sa splendeur.
Sébastien Bachollet, qui officie actuellement comme président de l’ISOC France, a déclaré à Philippe Guerrier, de VnuNet, que les signataires de l’Appel du 8 mars 2008 « sont des personnalités de l’Internet français qui ne sont pas membres d’ISOC France ».
Voilà un bel exemple de manipulation par des allégations que le journaliste aurait « dû prendre avec des pincettes » pour reprendre l’expression qu’il utilise au sujet des propos des autres protagonistes. Pour être honnête, Sébastien Bachollet aurait dû dire « ne sont plus tous membres ».
D’abord, au moins l’un des signataires de l’Appel du 8 mars, Francis Muguet, est un membre de l’ISOC France parfaitement enregistré à ce jour.
D’autres ne le sont plus, en effet. Et pour cause : il y a eu des radiations arbitraires ! Et des mises à l’écart par écœurement !
Je n’ai pas fait d’enquête pour les autres. Mais je me demande bien au nom de quoi de véritables acteurs respectables de l’Internet comme sont les signataires de l’Appel du 8 mars ne pourraient pas donner leur avis sur le fonctionnement de l’ISOC France.
L’ISOC France deviendrait-elle un club privé ?
C’est bien ce vers quoi tendent les statuts que M. Bachollet voudrait faire passer à la sauvette. Entre autres innovations étranges, ces nouveaux statuts donneraient carte blanche au bureau, aisément majoritaire au CA, pour filtrer les adhésions à l’ISOC France. Cela permettrait de légitimer a posteriori le fonctionnement par cooptation passé et les mises à l’écart.
Une troïka de Présidents à vie
M. Bachollet et les auteurs de ce projet de statuts ont aussi inventé, dans ce texte, un être très étrange, le Président d’honneur actif, membre à vie du Conseil d’administration et éligible au bureau. Les Présidents d’honneur sont à ce jour les anciens Présidents de l’ISOC.
Il y en a 4. L’un d’eux, Bruno Oudet, Président fondateur, souhaite s’éloigner des affaires de l’ISOC France. Ce n’est un secret pour aucun membre un peu au courant que Bruno Oudet désapprouve le fonctionnement actuel de l’ISOC France. Mais il est las et souhaite se consacrer à d’autres activités.
Les nouveaux Présidents d’honneurs auraient, d’après ce projet, 3 places réservées au CA. Donc M. Bachollet, qui ne paraît guère être grand amateur de la présentation de rapport d’activité et de la confrontation au vote des adhérents, pourrait ainsi s’assurer une place stable dans une organisation qu’il a réussi à vider de plus du tiers de ses membres !
La victimisation comme artifice rhétorique
Le procédé est bien connu. Au lieu de répondre sur le fond des problèmes soulevés, on prétend qu’on a affaire à des adversaires qui vous en veulent pour autre chose.
Ainsi, M. Bachollet prétend sur VnuNet qu’on lui fait « un croche-pied avant la venue de l’ICANN à Paris ».
Et le trésorier M. Philippe Batreau, qui, en trois ans, n’a jamais présenté le moindre rapport financier annuel et qui est le gestionnaire technique des adhésions et de listes de discussion où les noms valsent, ce M. Philippe Batreau écrit et téléphone partout en pleurnichant qu’on lui cherche noise « parce qu’on ne l’aime pas », « parce qu’on n’est pas son ami », ou « parce qu’on est son ennemi » ou encore « parce qu’on est des faux-amis ». Langage de cour de récréation. D’ailleurs, dès qu’il rencontre un désaccord, Philippe Batreau refuse toute discussion et coupe tout lien électronique, allant jusqu’à interdire l’accès de ses sites en simple lecture et à radier les « ennemis » qu’il se fabrique des listes de discussion associatives où il outrepasse les pouvoirs qui lui ont été confiés.
Je te cause plus. Dégage !
Non. Nous sommes nombreux à ne pas apprécier les procédés de Philippe Batreau. Et ce depuis des années. Mais cela n’a rien à voir avec sa personne. Ce sont des méthodes et un système qui s’est installé à l’ISOC France. Un système qu’un groupe de courageux s’est décidé à combattre.
Parce que c’est un système inadmissible quand on prétend promouvoir des valeurs de bonne gouvernance, et « L’Internet pour tous, l’Internet par tous. »
Autre artifice rhétorique : la banalisation
M. Bachollet a aussi déclaré à Philippe Guerrier, de VnuNet, que les problèmes de l’ISOC France « sont liés au fonctionnement de la vie associative ».
Ben voyons ! Comme si, dans toutes les associations, on radiait en silence, on triait les adhérents et on s’installait aux commandes sans jamais tenir d’assemblée générale ni rendre de comptes.
Secte, stalinisme ou techno-fascisme ?
Pourquoi tant d’opacité et de barrières à l’entrée de l’ISOC France ?
Au mieux, c’est l’empire de la cooptation, du secret et de l’influence occulte. Définition même de la dérive sectaire.
Au pire, tout cela rappelle les pratiques des heures les plus sombres de l’histoire de l’Europe. Quand il s’agit d’une association qui a pour vocation de participer à la gestion de l’Internet et de promouvoir des principes de bonne gouvernance et de vie démocratique, il y a de quoi frémir…
Dominique Lacroix
En savoir plus
— Sur Rue89 : Appel à la refondation de l’Isoc France
— Signer l’Appel du 8 mars 2008 Pour une Isoc France Refondation
Aller plus loin
— Études sur la personnalité autoritaire, par Adorno
— Ubu roi, « l’Internet français » et le théâtre de l’absurde
— La propagation des délires
DOCUMENT pour une mise en perspective
Ma candidature au CA de l’Isoc France, novembre 2006
La profession de foi effacée
Bonjour à tous,
C’est parce que j’ai entendu nombre de membres de l’Isoc France déplorer le manque de transparence de cette association et expliquer ainsi leur démobilisation que j’ai décidé de présenter ma candidature au CA. En voici les motifs détaillés.
Engagée à titre professionnel dans l’Internet depuis son apparition en France, je me réjouis qu’il permette chaque jour davantage à chacun — en théorie — de s’exprimer publiquement, s’il le souhaite. Néanmoins, cet afflux de contenus peut inspirer quelques craintes.
On peut lire, sur Internet, une forte mise en cause de notre démocratie représentative. Cette critique me paraît salutaire et devrait, je l’espère, accélérer le toilettage de nos institutions. Mais, pour avoir vécu dans des dictatures africaines, je connais le prix de parler sans crainte au téléphone ou à une terrasse de café, du pluralisme de la presse, de la garantie des droits de la défense en cas de procès, de la référence à la loi commune, écrite, accessible à tous et non rétroactive etc.
À voir la complaisance avec laquelle certaines « tribus » de l’Internet se vantent d’une organisation plus féodale que démocratique, rejettent l’existence de corps intermédiaires, méprisent nos lois fondamentales et s’en prennent radicalement à nos institutions avec l’idée que, dorénavant, notre société serait mieux gouvernée par des lois venues du ciel, du cyberespace, je frémis. C’est la porte ouverte à toutes les dérives, autoritaires en particulier, et au règne de la peur.
Je m’étonne aussi que des associations à profession de foi démocratiques fonctionnent de facto par cooptation, au mépris de leurs propres statuts. Cela reproduit le même effet, souvent reproché à nos institutions, de stérilisation des débats, de fossé entre dirigeants et sociétaires et de perpétuation par la langue de bois. Cela nous expose à une confiscation de la parole et au risque de solidarités organisées autour du partage de prébendes.
On assiste avec ravissement à un formidable essor de la vie associative, à une heure où l’on redoutait un essoufflement du volontariat. Néanmoins, sous l’effet peut-être d’un vent ultra-libéral ou d’idées marketing à la mode, on rencontre, dans nombre d’associations, un curieux mélange de discours militant, de proclamations de dévouement, de réunions où l’on est invité à venir faire son networking et à des petits arrangements inassumés qui permettent aux dirigeants de trouver quelques compensations économiques à leur implication pesante.
Le tout dans un non-dit sublime qui alimente les rumeurs et décourage les bonnes volontés potentielles.
Pourquoi faire quasi-clandestinement ce que la loi encourage explicitement ?
Pourquoi, par exemple, à l’Isoc, appeler pudiquement « Partenariat avec Sociétés de l’Information » présenté comme une conquête à l’actif de l’équipe sortante, ce qui est un honorable contrat de pré-achat, avec les fonds d’Isoc.org, du bulletin d’information de la société Tocsin, d’Odile Ambry, vice-présidente sortante : http://www.tocsin.net ?
Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
Pour simplifier, on pourrait dire que la France souffre de deux plaies :
une méfiance envers l’argent, issue de son vieux fond catholique, et une méfiance envers l’initiative privée héritée d’une longue tradition colbertiste, de Louis XIV à De Gaulle.
Or, les associations, elles aussi, sont des entreprises qui contribuent à la vie économique nationale.
De plus, dans un souci d’égalité démocratique de l’accès à l’engagement civil le législateur a aménagé, depuis 1998, la possibilité de rémunérer un peu les administrateurs d’une association s’ils le souhaitent. En outre, les frais exposés par des bénévoles dans l’exercice de leurs fonctions peuvent ouvrir droit à des réductions fiscales.
Sur le même principe, le nouveau plan comptable associatif permet de valoriser l’engagement bénévole par allègement fiscal, ce qui présente l’avantage de permettre l’implication de plus de personnes que ne pourrait en rémunérer, souvent, une association et favorise sa professionnalisation.
Dans le même esprit, je ne trouve rien à redire — sous certaines conditions — à ce que des administrateurs soient appointés par le biais de commandes de l’association à leur propre société si le service rendu est effectivement pertinent pour l’association.
Qu’on cesse de se plaindre du poids de charges qu’on a briguées pour excuser les manquements aux droits élémentaires des adhérents !
Les outils ne manquent pas pour indemniser les bonnes volontés.
La seule chose qui me paraît indispensable en revanche, c’est plus de transparence à l’égard des sociétaires.
Le contrat fondamental passé entre un conseil d’administration et les adhérents d’une association est un pacte de délégation : « Nous vous autorisons à parler et agir en notre nom. En contrepartie, nous souhaitons être respectés et informés de façon claire. »
Qui par exemple, s’il n’est proche d’un membre du CA, peut suivre le nombre des adhérents d’Isoc France et mesurer l’impact des « campagnes d’adhésion » ?
Quels sont les heureux membres de l’Isoc France qui ont accès à la liste des membres de leur propre association ?
Qui connaît le montant des subventions de l’Isoc Monde à l’Isoc France et leur proportion par rapport au budget de l’Isoc France ?
Qui connaît en gros les comptes d’Égéni ?
Comment sont gérées les listes de discussion qui semblent présenter tant de « problèmes techniques », de l’aveu même de Sébastien Bachollet(*), qu’on se demande s’il est bien prudent d’y recourir pour les élections ?
Comment sont organisées les élections en ligne, qui compose le Comité électoral et que fait-il au juste ? (Déjà, en 2005, j’avais attiré l’attention, en termes très feutrés, sur des délais, entre l’annonce du vote et sa clôture, trop courts pour permettre l’instauration d’un débat.)
Qui sait quand se réunit le conseil d’administration ? Où sont les comptes rendus des CA, qui me semblent au moins aussi importants que ceux des dîners ?
Où trouve-t-on un compte rendu d’assemblée générale ? Où sont le rapport moral et financier de l’exercice 2005 ?
[* Voici ce qu'écrivit Sébastien Bachollet, 15/11/2006, en réponse à mon étonnement de ne pas avoir accès aux listes Isoc depuis plusieurs mois (moi ainsi que 2 autres personnes) et de recevoir un message d’erreur avec la liste consacrée aux élections] :
« Pour ce qui est du fonctionnement des listes de diffusion, il me semble qu’il y a deux problèmes :
1/ ceux liés à Internet qui fait que nous ne recevons pas tout nos mails ;
2/ ceux liés au fonctionnement de nos listes qui fait que pour des raisons difficiles à comprendre il y a des adresses mails qui sont en erreur.
Ceci est certainement le cas pour tes mails. »
Cet accès à l’information, égal pour tous les membres, me paraît essentiel. Et c’est, à mon sens, une fonction qu’il conviendrait d’améliorer au sein de l’Isoc France. L’échec de fréquentation d’Égéni 2006 me paraît un symptôme. Le faible taux de participation aux élections 2005 en est un autre.
Pour conclure, j’affirme que, pour ma part, j’ai peu de temps disponible et ne suis pas en recherche de revenu complémentaire.
Donc, si ma candidature devait être retenue pour faire partie du CA de l’Isoc, je me proposerais de contribuer à cette modeste et unique tâche : améliorer l’information des adhérents et, par là même, tenter de redonner à l’Isoc France l’image attractive qu’elle a eue dans le passé.
Parce que, comme aime à le rappeler Esther Joly, « Les droits ne sont pas garantis par une autorité divine ; ils reposent sur la vitalité des institutions, des citoyens et des formations de pouvoir qui en soutiennent l’existence. Don’t forget it. »
Merci de votre attention.
Dominique Lacroix
Posted: mars 9th, 2008 under Communautés virtuelles, Cyber-économie, Droits de l'immatériel, Développement, Gouvernance de l'Internet, Informatique, Interfaces, Internet, Justice, Langages, Médias, Propagande, Réseaux sociaux, Savoirs, Société, Usages, Économie, Éducation du futur.












