Magiciens en croisière 1/5
Photo Zakary Belamy
Mimosa est informaticien et clown-magicien. Les deux à titre professionnel et avec autant de talent reconnu.
Il donne ses spectacles en français, anglais, japonais et allemand.
Pas encore en russe, mais ça va venir. Mimosa part régulièrement en croisière sur un bateau russe, en tant que magicien. Il raconte son expérience et délivre des conseils à qui serait tenté par l’expérience.
(NDR)
La clientèle et l’équipage
L’augmentation du temps libre et du nombre de retraités a engendré un regain d’intérêt pour les croisières maritimes et fluviales. Depuis une dizaine d’années quelques magiciens français agrémentent les trajets des touristes entre Moscou et Saint-Pétersbourg.
Nous parlerons ici de croisière fluviale, donc sur des bateaux transportant, selon leur jauge, entre 100 et 220 passagers. Cela n’a rien à voir avec leurs grands frères, ces mastodontes maritimes lesté d’un bon millier de passagers égarés dans une cité de Babel cosmopolite, spectateurs anonymes dans une salle immense, regardant passivement les revues avec danseuses et plumes entrecoupées de quelques grandes illusions dans une musique assourdissante.
Les passagers, constitués à 90 % de retraités français, embarquent pour une dizaine de jours dans une sorte de pension de famille où le seul encadrement de langue française se réduit à une Sainte Trinité constituée d’un directeur, d’un conférencier et d’un animateur. Sur certains bateaux, il n’y a qu’un duo se partageant les trois fonctions. Comme dans l’Évangile, la séparation entre ces trois entités est parfois floue et la confusion des rôles plutôt fréquente. La brebis égarée ira systématiquement implorer leur recours pour résoudre les problèmes d’hôtellerie, de restauration voire d’embouteillages de circulation sur les sites visités.

Autant vous dire que le spectacle n’est pas du tout la principale occupation d’un magicien à bord du bateau et qu’une solide aptitude à l’encadrement est la meilleure baguette magique pour faire disparaître les malentendus. Il n’est pas donc pas rare de retrouver sur ces croisières des profils de magiciens ayant dirigé des amicales de magie au sein de la FFAP* ou du CFI* (Peter Din, Daniel Krellenstein, Mimosa, Benoît Rosemond etc.). Si la proportion de magiciens issus de la région parisienne est prépondérante, nous le devons à Peter Din qui fut le premier à œuvrer sur ces croisières dès l’implosion de l’URSS et l’ouverture à l’Occident qui a fait affluer les premiers touristes.
Il faut savoir rassurer, aider et communiquer avec une clientèle âgée mais touchante et gentille. Savoir rédiger, corriger les fautes des programmes, parler une ou deux langues étrangères dont au moins l’anglais sont des atouts certains. Et avant d’être magicien, on vous demandera d’animer la vie à bord via des jeux apéritifs, des concours de danse, une dégustation de vodka, l’affichage des nouvelles de France récupérées sur le net, la présentation du spectacle des passagers et que sais-je encore. Autant vous dire que le magicien-animateur ayant toutes ces qualités n’existe pas et qu’au départ l’aide de vos collègues est indispensable. Je n’aurais jamais pu organiser une dégustation de vodkas sans les textes et anecdotes rassemblés par Peter Din, ni animer la piste de danse avec des tangos, madison et pasos, en l’absence des musiciens partis faire une pause, sans les conseils de Philippe, chanteur ayant longtemps travaillé au cabaret du Pied de la Butte. Être un artiste polyvalent n’est pas seulement un atout mais une nécessité.
Au sein de la Trinité, le Père et le fils, le directeur et l’animateur, doivent posséder des personnalités pouvant s’accorder. En effet, tous deux sont en général dotés de personnalités fortes et les récits d’affrontements sont légions. C’est pour cela que lorsque l’alchimie prend, les couples ont tendance à ne plus vouloir travailler l’un sans l’autre. Certains directeurs psychorigides n’ont d’ailleurs pas compris que les animateurs n’étaient pas interchangeables et qu’il est impossible d’exiger la même chose de chacun. La personnalité d’un animateur sera toujours plus importante que ce qu’il fait. C’est aussi pourquoi, il est rarissime de trouver des jeunes de moins de trente ans à ce poste.
(à suivre)
Épisode suivant : Le travail du magicien
* FFAP : Fédération Française des Artistes Prestidigitateurs
* CFI : Cercle Français de l’Illusion
Hervé Le Marchand, dit Mimosa
En savoir plus (NDR)
— Mimosa sur Wikipédia
— Album photos de Mimosa
— La croisière fluviale de 5 jours,
de Moscou à Saint-Pétersbourg
Posted: octobre 3rd, 2007 under * Portraits, Société, Vagabondages.













