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Les Trois écritures. Langue, nombre, code, de Clarisse Herrenschmidt (1/4)

Artemis d'Éphèse« Si différente de l’image romaine de Diane, à laquelle Artémis était associée, cette statue du second siècle, qui est le plus bel exemple du culte statuaire d’Éphèse, se trouve maintenant au Musée national archéologique de Naples. Fabriquée en albâtre et en bronze, ses seins (ou peut-être des œufs ou les testicules de taureaux sacrifiés) symbolisent la fertilité et la bonté de la nature, tout comme le muid (lat. modius, mesure pour les grains) qu’on voit sur sa tête. » (James Grout)

Cf. Temple d’Artemis sur le site de l’Université de Chicago

Les Trois écritures. Langue nombre, code
Clarisse Herrenschmidt

Gallimard, Collection Bibliothèque des Sciences Humaines
mai 2007, 510 p, 29 €

Compte rendu de lecture, par Dominique Lacroix
Revue Esprit, octobre 2007

Une démarche pluridisciplinaire

Étonnant ! Clarisse Herrenschmidt, linguiste anthropologue, spécialiste de l’Iran ancien, nous apporte de nouvelles clés d’analyse du phénomène Internet. Sans prétendre l’expliquer, elle dessine à grands traits ce « grand bouleversement sémiologique », le mettant en perspective avec les deux précédents, l’invention de l’écriture puis celle de la monnaie frappée.
Pendant plus de quinze ans, l’auteur du monumental ouvrage Les Trois écritures a travaillé à l’analyse de plus de 5000 ans d’histoire. L’entreprise ressemble à une psychanalyse de l’humanité occidentale (du Moyen Orient à la Méditerranée, de l’Europe à l’Amérique). Aujourd’hui, lorsque nous signons une lettre, payons notre baguette de pain ou mettons notre photo sur Internet, nous avons oublié le sens profond de ces actes, les phénomènes mis en œuvre dans l’invention de ces codes sociaux que sont les écritures. Quel rapport au corps signifient-ils ? Quelles représentations mentales ont-ils mis en œuvre qui ont permis leur adoption et leur perpétuation, fût-ce sous formes renouvelées ?

S’appuyant sur des enquêtes aussi vastes qu’érudites et pluridisciplinaires, Clarisse Herrenschmidt sait, sans ennuyer le lecteur profane, dégager une histoire sémiologique de cette portion de l’humanité, articulée en trois temps : l’histoire inventive de l’écriture des langues, entre 3300 et 550 ans avant notre ère, l’apparition de la monnaie frappée en Asie Mineure au VIIe siècle avant J.-C. avec une certaine écriture des nombres et l’écriture de code informatique, caractéristique de la seconde partie du XXe siècle. C’est en quelque sorte une mise en abyme : l’auteur rend visible l’invisible de cette histoire, tandis que rendre visible l’invisible du langage est précisément une fonction de l’écriture qu’elle analyse.
De ces trois histoires d’écritures, l’auteur dégage des points communs. On y voit à l’œuvre des artefacts d’invention, mimes d’un organe humain externalisé : la bouche, l’œil puis le cerveau simulés en « objets qui parlent ». Chacun anime un fluide : la salive devenue langue parlée, la lumière qui permet la vision, le flux électrique. Ce sont des « écheveaux sémiologiques », dotés chacun d’un programme cognitif : écrire la langue selon ses plus petites unités, écrire les nombres et leurs rapports hors de la langue et, peut-être, réécrire le monde en simulant ses programmes. Chacun est exprimé dans un mythe d’émergence, aux multiples variantes, qui le met en scène comme un double de l’homme : les repères sont ici le Poème d’Atrahasis pour la naissance de l’écriture en Mésopotamie, le Livre I de l’Enquête d’Hérodote pour la naissance de la monnaie frappée en Ionie, le test de Turing, dit « jeu d’imitation » pour l’informatique.
Enfin les deux premiers rendent visible l’invisible, la langue et les rapports entre les nombres.
Qu’en est-il de l’informatique ?

(à suivre)

Au prochain numéro : L’écriture des langues

Les Trois écritures, de Clarisse HerrenschmidtEn savoir plus

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Les Trois écritures
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— Lire le comte rendu en entier sur papier dans la revue Esprit, octobre 2007